Introduction au reverse engineering - Android

  1. Introduction
  2. APKOA
  3. Les outils
  4. GO GO GO
  5. Bingo !
  6. Plus d’infos

Introduction

Le reverse engineering, c’est ( en gros ) comprendre le fonctionnement d’un dispositif, par une analyse en profondeur. Comprendre comment les concepteurs ont imaginé le système.

Cela peut servir dans le cadre d’une séance de debugging d’un logiciel dont on a pas les sources, trouver des failles de sécurité ou, ce que l‘on va faire ici, modifier un programme ( dont on a pas les sources ) et ses fonctionnalités pour l’adapter à nos envies.

On le verra plus tard, lorsque l’on étudiera les plateformes x86, en reverse engineering, quand on fait ça pour le fun, il s’agit souvent de faire en sorte de sauter une routine de vérification ( par exemple - un pur hasard - , vérification si l’on a une licence payante ).

Il est donc recommandé d’avoir quelques notions de programmation, ou à défaut, d’avoir un peu d’instinct.

Cela peut aussi être utile pour récupérer les assets d’une application.

APKOA ?

Sous android, on distribue les programmes sous forme d’APK : ce sont simplement des archives zip signées et renommées.

Pour l’exemple, on va prendre l’APK de plagueInc. Il s’agit d’un merveilleux jeu de stratégie. Comme beaucoup (trop) de jeux sur ce système d’exploitation, il y a une version gratuite, avec quelques malus et une version payante, complète. Pourquoi ce jeu ? Car il est bien, et car il ne présente pas de difficultés, il convient donc parfaitement en guise d’introduction.

Pour ne pas porter préjudice aux développeurs qui ont mis du temps à faire un ( très ) bon jeu, on ne va pas débloquer comme par magie les bonus payants, mais, juste faire en sorte de virer le panneau publicitaire ( puisque il existe des applis android qui permettent de virer les pubs ) qui gâche un peu l’esthétique du jeu. On va aussi modifier les permissions de l’application car celles demandées de base semblent un peu trop intrusives.

Il existe principalement 2 méthodes pour étudier des applications Android :

  1. Décompiler les sources (avec Java Decompiler parexemple), cela permet une lecture seule, mais on obtient directement du Java.

  2. Désassembler le code, on obtient le bytecode Dalvik, on peut ainsi le modifier, et réassembler l’application par la suite. C’est ce que nous allons faire.

Les outils

On va avoir besoin de plusieurs outils :

  • Le kit de développement pour android : http://developer.android.com/sdk/index.html. Pour ma part j’ai pris le Linux-32bits. Il va falloir ajouter à votre PATH l’outil aapt. Cela peut être fait, par exemple, en ajoutant à la fin de votre fichier .bashrc :
export PATH=$PATH:/home/xxx/reverse/android/adt-bundle-linux-x86–20131030/sdk/build-tools/android-4.4
export PATH=$PATH:/home/xxx/reverse/android/adt-bundle-linux-x86–20131030/sdk/platform-tools

En adaptant évidemment les dossiers. Quand vous entrez aapt dans votre console, il doit y avoir un retour.

  • Java : pour pouvoir utiliser les outils, j’utilise l’open jdk 6, mais le 7 fonctionne aussi; un java -version me renvoie : bash java version '1.6.0_27'OpenJDK Runtime Environment (IcedTea6 1.12.6) (6b27–1.12.6–1~deb7u1)
  • Android-apktool l’outil principal : c’est celui qui va nous permettre de décompiler les .apk.
  • keytool : afin de faire en sorte de pouvoir signer nos applications modifiées.
  • Une référence quant aux OPcodes Dalvik afin de comprendre ce qu’on va lire.

GO GO GO

On se place dans notre dossier de travail créé pour l’occasion et on commence par créer le fichier qui nous permettra de signer nos applications : keytool -genkey -v -keystore noob.keystore -alias noob -keyalg RSA -keysize 2048 -validity 10000 Je vous laisse remplir les champs comme bon vous semble.

Ensuite, il faut récupérer l’APK, pour cela 2 méthodes

  1. en passant par le SDK android : Télécharger l’application sur l’android market depuis l’appareil, puis on le connecte à l’ordinateur, sudo adb start-serveradb devices cela doit vous renvoyer une sorte de numéro de série pour bien vous indiquer qu’un appareil est attaché ( bien penser à activer le débogage USB sur votre appareil android ).

    adb shell ls /data/app | grep plague
    

    doit renvoyer quelque chose du genre :

    com.miniclip.plagueinc-1.apk
    

    En effet, la plupart des applications installées dans la mémoire flash des appareils android se situent dans ce dossier /data/app . On récupère l’APK donccomme cela :

    adb pull /data/app/com.miniclip.plagueinc-1.apk
    

    qui charge l’application dans le répertoire courant.

  2. Sinon, on peut utiliser ce service : https://apps.evozi.com/apk-downloader/ qui permet de télécharger directement l’APK sur notre ordinateur.

On doit maintenant avoir dans notre dossier de travail : apktool.jar et com.miniclip.plagueinc-1.apk. on lance :

java -jar apktool.jar d com.miniclip.plagueinc-1.apk apk

On utilise apktool pour dépacker l’archive du jeu, et mettre le tout dans un nouveau dossier apk.

On se déplace dans ce dossier. Si vous avez déjà un peu programmé pour android, l’arborescence sous vos yeaux doit vous être un familière : on a ( entre autre ) un dossier assets où l’on peut modifier les ressources de l’application, un dossier res avec notamment les string utilisées, l’AndroidManifest, et un dossier smali, qui nous intéressera plus tard, il contient le code désasemblé.

Pour commencer, on va virer les permissions qui semblent inutiles (/!\ cela ne fonctionne pas tout le temps avec toutes les applications, cela peut les faire crasher). on ouvre l’AndroidManifest.xml, on descend dans le fichier et on modifie pour restreindre les permissions : on transforme :

uses-permission android:name="android.permission.INTERNET"
uses-permission android:name="android.permission.ACCESS_NETWORK_STATE"
uses-permission android:name="android.permission.READ_PHONE_STATE"
uses-permission android:name="android.permission.ACCESS_WIFI_STATE"
uses-permission android:name="com.android.vending.BILLING"
uses-permission android:name="android.permission.WRITE_EXTERNAL_STORAGE"
uses-permission android:name="android.permission.ACCESS_COARSE_LOCATION"

en

uses-permission android:name="android.permission.INTERNET"
uses-permission android:name="android.permission.ACCESS_NETWORK_STATE"
uses-permission android:name="android.permission.ACCESS_WIFI_STATE"
uses-permission android:name="android.permission.WRITE_EXTERNAL_STORAGE"

( ici j’ai enlevé les ouvertures et fermeture des balises pour la simplicité de publication )

Voilà une bonne chose de faite. On entre maintenant dans la partie ardue mais surtout, la plus intéressante pour notre esprit d’enquêteur : comprendre et modifier le comportement de l’application. Ce qu’on veut c’est enlever les pubs, grâce à nos super $k1llz d’english language, on sait que pubs se traduits par ads. Un

grep -r "Ads" *

nous renvoie des résultats qui peuvent sembler extravagants mais qui en faits ne le sont pas tant que ça. On note de nombreuses références au fichier smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali. Notre curiosité nous pousse donc à l’ouvrir avec notre éditeur de texte préféré :

vim smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali

Oo un peu plus de 13 000 lignes … je vous rassure on ne va pas toutes les lire.

On lit les références en haut du fichier, et une attire notre attention : inAppsRemoveAds. Tiens, ça semble être ce qu’on veut. c’est parti pour un

grep -r "inAppsRemoveAds" *

qui nous renvoie

smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali:.field private static inAppsRemoveAds:Z
smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali: sput-boolean v2, Lcom/miniclip/nativeJNI/cocojava;->inAppsRemoveAds:Z
smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali: sput-boolean p3, Lcom/miniclip/nativeJNI/cocojava;->inAppsRemoveAds:Z
smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali: sput-boolean p3, Lcom/miniclip/nativeJNI/cocojava;->inAppsRemoveAds:Z
smali/com/miniclip/nativeJNI/cocojava.smali: sget-boolean v1, Lcom/miniclip/nativeJNI/cocojava;->inAppsRemoveAds:Z

Décidément, ce fichier semble vraiment intéressant.

Grâce notre lecture approfondie de la doc, on sait que dans ces résultats, c’est surtout la dernière ligne qui nous intéresse. En effet, c’est là que le programme appellera une variable pour la comparer. Ça ressemble fortement à une routine de vérification, le genre de truc qu’on aime ;) . On recherche donc cette chaîne de caractères ( / avec vim, on cherche sget-boolean v1, Lcom/miniclip/nativeJNI/cocojava;->inAppsRemoveAds:Z ), ce qui nous amène à la ligne 11296 de notre fichier cocojava.smali ( indice : .ligne 3026 ).

Tiens juste en dessous, un saut conditionnel, qui si il est pris, saute la méthode getAdsDisabled. On va donc voir ce que fait cette méthode ( chercher getAdsDisabled ), ce qui nous amène à la ligne 3245 de notre fichier cocojava.smali ( indice : .ligne 2952 ). On voit que cette méthode est surchargée, la première, pas très intéressante, sans arguments appelle la seconde avec un argument.

Tiens, on peut voir à la ligne 3267 ( dans la fonction getAdsDisabled avec un argument ) la chaîne ADS_DISABLED. On semble sur la bonne voie ! On voit dans cette méthode, que le seul saut conditionnel est vers la fin :

.line 2946
.local v0, adsDisabled:Ljava/lang/String;
const-string v3, "true"
invoke-virtual {v0, v3}, Ljava/lang/String;->equals(Ljava/lang/Object;)Z
move-result v3
if-eqz v3, :cond_0
Bon, ça semble un peu simple, mais pourquoi ne pas tenter le coup ? on transforme donc cette portion en :
.line 2946
.local v0, adsDisabled:Ljava/lang/String;
const-string v3, "true"
const-string v0, "true"
invoke-virtual {v0, v3}, Ljava/lang/String;->equals(Ljava/lang/Object;)Z
move-result v3
if-eqz v3, :cond_0

On va mainteant reconstruire l’apk pour voir si ça fonctionne :

on se replace dans notre répertoir de travail initial et on lance

java -jar apktool.jar b apk/ cracked.apk && jarsigner -verbose -keystore noob.keystore -digestalg SHA1 -sigalg MD5withRSA cracked.apk noob

Ce qu’on fait ici : on reconstruit une archive nomée cracked.apk à partir des fichiers contenus dans le dossier apk (là où sont nos fichiers issus de l’apk original ), et ensuite on signe l’archive avec le certificat créé au début.

Pour installer l’application, on peut soit faire

adb install cracked.apk

soit, si vous avez des problèmes avec vos drivers, mettre l’apk sur un support auquel vous pourrez avoir un accès avec par exemple , es file explorer . Pensez à supprimer l’application initiale, car il peut y avoir des conflits étant donné que l’on a signé nous même l’application modifiée, vous aurez donc deux applications avec le même nom, mais avec des signatures différentes.

Bingo !

et … TADDAA, ça fonctionne : plus de bannière de pub, et plus de permissions inutiles( attention tout de même sur ce point, cela peut mener à des crashs si cela est mal fait).

Gardez bien en tête que les gens qui font des applications y ont passé du temps, et si ils jugent mériter salaire pour le travail accompli c’est que c’est peut être le cas.

Plus d’infos :

 
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